18/06/2010

Lettre ouverte de Bruxelles à Bart et Elio - Open brief van Brussel aan Bart en Elio

Cher Elio, Beste Bart,

"Bruoc Sella", tel est mon nom de baptême...
Voilà plus de 1000 ans que je suis née sur ces marais proches de la Grand-Place...
Voilà plus de 1000 ans que j'assiste au passage des armées et des soldatesques, qui m'ont incendiée, brûlée, violée...
Voilà plus de 1000 ans que, des tribus celtes aux armées de Charles-Quint, des troupes du Maréchal de Villeroy jusqu'à l'Empire Napoléonien, des Orangistes aux révolutionnaires de la Monnaie, je ne cesse d'engendrer convoitise et envie.
Car je suis au carrefour des cultures et des frontières, à la croisée des chemins de Germanie, du monde latin et celte.
On me veut, on me désire... mais non pas comme une femme, qu'on voudrait chérir et couvrir de tendresse. On me désire pour mieux m'humilier, pour mieux me rabaisser... Comme une femme que l'on bat, pour la remettre à ce qu'on croit être sa place...

Vandaag Bart, wil jij mij tot op niveau van een 'gewone stad' terugbrengen. Jij spreekt over mij zonder echt te weten wie ik ben... Maar jij weet met zekerheid waar en wat je moet afsnijden. Jij wil me gewoon als gewest verder zien verdwijnen. Jij respecteert me eingenlijk niet...

Tu le fais car de ta Flandre natale, j'ai toujours été présentée comme une ville sale, où la violence règne dans les rues, où ta langue ne peut s'exprimer librement, où le système "francophone" a apporté son lot d'inefficacité, de corruption, de gabgies, de "systèmes". Où la population est pauvre et désoeuvrée, et les emplois inexistants.
Personne ne t'a donc jamais parlé de la Place Sainte Catherine et ses terrasses épicées ? De la Toison d'Or et ces boutiques illuminées ? De la Place du Châtelain et ses bourgeois éméchés ? Ou de la Place du Luxembourg et ses eurocrates endimanchés ? Tout ça et beaucoup plus, de la friterie Antoine, au quartier portuguais de la Rue Gray, des boutiques colorées de la rue du Brabant à l'avenue Molière et ses maisons de maître, tout ça Bart, c'est moi, Bruoc Sella... Vient faire un tour plutôt que de me mépriser.

Je suis devenu la câtin du Royaume. Celle que tout le monde veut se payer, mais qu'on trouve si peu attirante, qu'on n'y mettra qu'un petit prix.
Pourtant, essayez de vous imaginer ce petit bout de Vlaamse land qui se replie sur lui-même et sur sa langue, et ce morceau de Wallonie, cette terre d'accueil "épargnée-par-la-crise-économique-mondiale-car-le-peuple-de-gauche-veille-au-grain" sans la vitrine que je suis devenue... N'oubliez pas ce que je vous apporte : je laisse s'écouler dans vos veines l'argent de mon labeur (16 milliards d'euros pour toi Bart, 9,5 milliards pour Elio...).
Je donne du travail à vos quelques 350.000 navetteurs qui viennent piétiner mes trottoirs, suer dans mon métro, exhaler leur grisaille mono-carbonnée sur ma petite ceinture...
Et c'est chez moi que les grands du monde, de l'Union Européenne à l'OTAN, viennent faire ripaille. Ni à Diest, ni à Ans, nog minder in Antwerpen of Namen...

Et toi Elio, écoute bien ce que cette vieille câtin a à te dire : tu as fais la fête avec les tiens, en célébrant ta victoire, et donc la défaite de tes ennemis. Certains à Liège ayant visiblement même commencé à faire la fête très tôt dans la journée... Tu te poses en homme d'état, mais tu as promis des lendemains qui chantent à ceux qui ont crû à tes promesses. "Les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent..." : leur réveil n'en sera que plus dur. Mais pour moi, Elio, que vas tu faire ? Vas-tu me livrer à la co-gestion par la Flandre et par ta Communauté Française, où je ne suis quasiment pas représentée, et qui prend des décisions à ma place ? Mon enseignement, en déliquescence, mes écoles qui s'effilochent, mes théâtres et jusqu'à mes clubs de football coupés en deux : rends les moi, je t'en prie... Je m'en occuperai bien mieux que toi, du fond de ta Wallonie...

Ja, luister naar mij, Bart en Elio...
Ne me livrez pas à la co-gestion par les Communautés Francophones et Flamande : vous vous dites démocrates, alors donnez la parole aux Bruxellois. Laissez les vous dire ce qu'ils ont sur le coeur...
Dans cette Ville-Région, que vous méprisez au point de vouloir la réduire à néant, il y a des gens qui vivent. Des Bruxellois. Qui ne se considèrent ni comme "francophones", ni comme "néerlandophones", mais simplement comme Bruxellois, qui vivent déjà ensemble, et en paix.
Une ville cosmopolite, aux milles accents et couleurs, qu'on ne pourra jamais classer dans votre jeu de domino communautaire à deux langues.
Qui veulent d'un pays uni, certes composé de régions, mais où le communautaire, que vous vénérez pour mieux vous en servir pour accéder au pouvoir, ne dominerait pas tout.
Qui sont capables de faire la Zwanze de la Place Poelaert au Parc Royal.
Qui aspirent à gérer leur région eux-mêmes, comme vous gérez déjà les vôtres, mais loin de ce projet fait d'exclusion, de diabolisation, de victimisation de l'autre. Mais avec un projet d'inclusion, d'ouverture, de tolérance. Un vrai projet moderniste pour une ville du XXIème siècle.
Alors Bart et Elio, lorsque vous vous asseyerez autour de cette table où vous allez décider de mon sort, sans que j'y sois représentée, n'oubliez pas que jamais, jamais, vous ne passerez chez moi en force... Mes enfants seront là pour s'y opposer et construire un avenir digne de mon histoire...


"Bruoc Sella", tel est mon nom de baptême...


par - door José Fernandez
membre fondateur de Pro Bruxsel
medeoprichter van Pro Bruxsel


http://jfernandez-probruxsel.blogspot.com/2010/06/lettre-ouverte-de-bruxelles-bart-et.html

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